Une MasterClass pour comprendre ce qui fait “tenir” un Data Office dans la durée
Florence Haxel, CEO de Datalogy, ouvre cette MasterClass avec une promesse claire : mettre en lumière les ingrédients concrets d’un Data Office réellement performant — pas seulement sur le papier, mais dans la durée, au contact du business.
Pour structurer l’échange, l’équipe s’appuie sur le Manifesto KPC, un document né d’expériences terrain et conçu comme une base de discussion (pas une vérité gravée dans le marbre). Gabriel Julien, Directeur KPC Sud-Ouest, en présente l’esprit : un “concentré” de convictions issues de missions, de succès… et de réalités parfois plus rugueuses.
Et comme rien ne vaut le retour de celles et ceux qui le vivent, deux invités partagent leurs pratiques :
Ahmad Murtada, Head of Global Data Office chez Servier
Pascale Assémat, CDO Branche Grand Public et Numérique chez La Poste
Conviction #1 : le Data Office est une affaire collective
Premier pilier : un Data Office ne “réussit” pas seul, ni en silo. Chez Servier, Ahmad insiste sur un point : le Global Data Office n’a pas vocation à devenir un passage obligé unique. Il agit plutôt comme gardien du temple (règles, bonnes pratiques, cadre), tout en laissant une autonomie aux métiers, avec une logique communautaire : comités, partage d’expérience, co-construction des feuilles de route alignées sur la stratégie groupe.
Pascale partage une vision complémentaire : une organisation très centralisée peut être utile pour démarrer… mais devient rapidement un frein à l’échelle. Sa conviction : la responsabilité des données appartient aux métiers, et l’enjeu est de construire des espaces de collaboration (comités volontaires, partage de cas d’usage, mise en visibilité du patrimoine data) pour que cette responsabilité soit assumée, pas déléguée.
Conviction #2 : le Data Office est une “marketplace humaine” de la data
Deuxième idée forte : le Data Office ne se limite pas à produire, il connecte.
Chez Servier, le Global Data Office fonctionne comme un miroir des Data Offices métiers. L’objectif : accompagner chaque domaine à se doter de son propre pilotage (acculturation, MDM, stratégie data métier, portefeuille d’initiatives…). Le modèle est hybride : central pour le cadre et l’orchestration, distribué pour l’action et l’adoption.
Chez La Poste, Pascale rappelle que les rôles de CDO peuvent varier d’une branche à l’autre. Dans sa branche, le Data Office a un poids important sur la delivery, mais aussi une équipe organisée “en miroir” des défis stratégiques : client, commercial, présence territoriale. La marketplace, ici, c’est la capacité à faire circuler besoins, offres de service, ressources, cas d’usage, priorités.
Conviction #3 : le Data Office, “Jiminy Cricket” des entreprises modernes
Derrière la formule : le Data Office comme conscience utile, qui aide à arbitrer, éclairer, challenger… sans se perdre dans la technique.
Ahmad rappelle le “sens” de la data chez Servier : tout est au service du patient. La data améliore la prise de décision, accélère la recherche, renforce l’efficacité des protocoles, et aujourd’hui, ouvre une “saison 2” orientée IA. Le Data Office doit maintenir ce cap : relier les initiatives data à la mission, pas à la nouveauté technologique.
Pascale résume avec humour : être CDO, c’est souvent être un “mouton à cinq pattes”. Son rôle consiste à parler le langage des métiers, comprendre leurs manques, identifier ce que la data peut combler, et aider à passer d’une posture “avis d’expert” à une posture réellement data-driven — sans transformer chaque échange en débat technique.
Conviction #4 : passer de la défensive à l’offensive
Le Data Office ne peut pas passer son temps à “protéger” ou “réparer”. Il doit aussi attaquer, explorer, proposer.
Chez La Poste, Pascale annonce une posture très offensive : environ 90% d’énergie tournée vers l’innovation, avec une équipe dédiée à explorer de nouveaux cas d’usage avec les métiers. Le portefeuille est conséquent (85 projets), et signe intéressant : une partie est initiée directement par les métiers, preuve d’une dynamique d’appropriation.
Chez Servier, Ahmad explique que les termes “offensif/défensif” sont moins utilisés : l’organisation est passée d’une approche opportuniste à une approche plus systémique, structurée par une roadmap de cas d’usage au service de la transformation groupe.
Conviction #5 : le time-to-market, graal du Data Office
Dernière conviction : la data doit aller à la vitesse du business.
Ahmad partage une leçon très concrète : tant que le quotidien n’est pas servi, parler d’IA ne sert à rien. Si les données d’hier ne sont pas disponibles, le métier ne s’intéressera pas aux promesses de demain. Pour accélérer, Servier a construit des feuilles de route data & IA métier par métier, en adaptant le rythme : certains métiers sont pressés, d’autres demandent à être embarqués.
Pascale, de son côté, insiste sur l’importance de co-construire avec le terrain : panels, groupes de travail, maturation progressive des idées pour maximiser l’adoption et éviter les projets “hors-sol”.
En résumé
Un Data Office performant est collectif : il cadre, mais ne centralise pas tout.
Il joue un rôle de connecteur humain entre métiers, expertises et initiatives.
Il garde le cap du sens (mission, valeur, arbitrage), pas de la techno.
Il sait être offensif : explorer, tester, proposer, provoquer l’usage.
Il gagne sa crédibilité sur le time-to-market : servir le quotidien, puis accélérer l’ambition.
Et sur une question finale, Ahmad et Pascale convergent : le Data Office ne disparaîtra pas, il se transformera avec la maturité de l’entreprise, en allant vers un rôle plus catalyseur, facilitateur et arbitre, pendant que les métiers se renforcent.
Un dernier conseil pour les CDO qui se lancent ?
Commencer par la preuve, éviter l’effet tunnel, ne pas être trop ambitieux trop tôt… et choisir les bons partenaires pour construire vite, bien, et durablement.


