Data Gouvernance : 30% techno, 70% humain (et 100% conviction) ! – Pierre Chauvet

Est-ce que tu peux te présenter et nous expliquer ton rôle chez Servier ?

Je suis responsable d’une petite équipe de quatre personnes, moi inclus, entièrement dédiée à la gouvernance des données pour le périmètre Recherche & Développement du groupe Servier.
Nous avons deux grandes missions.
La première consiste à coordonner certains processus de gouvernance transverses, qui concernent l’ensemble des domaines de données en R&D.
La seconde est d’accompagner la communauté des Data Owners, et dans une moindre mesure celle des Data Managers. Chez nous, ces deux rôles fonctionnent vraiment en binôme, mais notre priorité est d’aider les Data Owners à bien remplir leurs missions.

 

Pourquoi la gouvernance des données et les Master Data sont-ils des sujets aussi stratégiques dans le contexte particulier de la R&D chez Servier ?

La vocation de Servier, c’est demettre à disposition des solutions thérapeutiques qui répondent aux besoins des patients, et la R&D est évidemment au cœur de cet objectif.
Il y a deux grands enjeux qui rendent la gouvernance indispensable.

D’abord, l’enjeu réglementaire. La R&D pharmaceutique est un domaine extrêmement normé, avec des exigences très strictes en matière de données et de traçabilité. La conformité est donc un premier levier majeur.

Le second, c’est la productivité et l’innovation. Nous sommes convaincus que les données sont un levier essentiel pour rendre notre R&D plus efficace, plus innovante et plus performante.
C’est pour cela que nous nous appuyons sur le principe FAIR : des données Findable, Accessible, Interoperable et Reusable. Pour nous, c’est vraiment l’objectif ultime de la gouvernance : faire en sorte que les données soient facilement localisables, accessibles à tous, compréhensibles de manière uniforme et réutilisables dans un maximum de contextes.

 

Tu as une phrase que tu répètes souvent : “la data gouvernance, c’est 30 % techno et 70 % humain”. Concrètement, qu’est-ce que tu veux dire par là ?

En fait, ce n’est pas spécifique à la data gouvernance : dans n’importe quel projet, si on n’embarque pas les gens, on passe à côté de l’essentiel.
Dans notre cas, il s’agit d’impliquer ceux qui définissent les règles – les Data Owners – ceux qui les appliquent – les Data Managers – et plus largement l’ensemble des utilisateurs, que nous appelons les Data Citizens.
Chacun a des droits mais aussi des devoirs, notamment celui de respecter les règles communes au service du collectif.

 Si on ne mobilise pas toute cette communauté, impossible d’atteindre notre objectif : gérer un patrimoine de données réellement utile, réellement FAIR.



Tu as identifié trois leviers clés pour favoriser l’adoption de la gouvernance : casting, communication, culture. Est-ce qu’on peut revenir sur chacun d’eux ?

Oui, les fameux “trois C”.

Le Casting, d’abord.
L’idée, c’est de trouver les bons profils pour les bons rôles. Personne n’est parfait, on n’a pas de licornes roses. Donc nous avons identifié deux critères essentiels :
– une vraie appétence pour les données,
– et un goût marqué pour la collaboration et le partage.
Un Data Owner doit non seulement gérer son périmètre, mais aussi penser transversalité, réutilisation, cohérence globale. Cela demande de sortir de son silo et d’aller à la rencontre des autres.

Deuxième C : la Communication.
Une fois les rôles définis, il faut entretenir la dynamique. On a mis en place des rituels : par exemple, une réunion de la communauté des Data Owners tous les deux mois, pendant 1h30.
On s’appuie aussi sur un petit comité éditorial – composé de quelques Data Owners – pour identifier les sujets pertinents à aborder.
On a un canal Teams dédié, et on a même lancé un format plus ludique, le MDM Talk Show (Master Data Management), pour acculturer plus largement la R&D aux notions de Master Data. 

On réfléchit aujourd’hui à revisiter ces formats pour les rendre encore plus impactants. Mais malgré la charge de travail des équipes R&D, on garde un taux de participation entre 50 et 60 %, ce dont on est très satisfaits.

Et enfin, la Culture.
L’objectif, c’est que ces rôles existent officiellement dans l’organisation. Et pour ça, les RH ont un rôle clé.
Nous avons lancé un chantier, qui devrait aboutir autour de 2026, pour formaliser les rôles de Data Owner, Data Manager et d’autres comme les Process Owners.
Cela implique plusieurs choses :
– créer des role descriptions officielles,
– reconnaître ces rôles dans les parcours internes,
– assurer leur continuité en cas de mobilité ou de départ,
– et, idéalement, associer un objectif spécifique à ces rôles dans les entretiens annuels.
C’est indispensable pour valoriser le travail de ces personnes, qui prennent ces responsabilités en plus de leur activité principale.



La data gouvernance, ce n’est clairement pas un “one shot”…

Exactement. C’est une démarche de long terme. Il faut maintenir la dynamique, soutenir les personnes qui portent ces rôles clés, et installer cette pratique dans la durée.
C’est pour cela que le travail sur la culture et la reconnaissance officielle est si important : c’est ce qui permettra à la gouvernance de vivre et de s’améliorer dans le temps.

 

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