“Directeur Data, Directeur RSE… Réussir à relever ensemble le défi de la CSRD” avec Alexis Rousset, Directeur Conseil Stratégie Data chez Equancy

Pourquoi parler de CSRD maintenant ?

Bonjour à tous, ravie de vous retrouver pour cette nouvelle MasterClass consacrée à un sujet devenu incontournable : la CSRD.

Si nous avons choisi ce thème, c’est pour deux raisons très simples. D’abord, parce que la CSRD est probablement l’acronyme le plus cité en 2024 chez nos clients, qu’ils soient issus des univers Data ou RSE. Ensuite, parce que c’était le sujet idéal pour croiser les expertises de nos deux agences de communication et de conduite du changement : Datalogy et la toute nouvelle Greenlogy.

Deux mondes – Data et RSE – qui vont devoir inventer un mode de collaboration inédit pour relever ensemble ce défi ambitieux.

Pour en parler, j’ai eu le plaisir d’accueillir Alexis Rousset, à la croisée des chemins entre Data et Impact, ainsi que Thibaud Berle de Impact Labs, venu nous présenter un Tech Radar des outils CSRD.

CSRD : de quoi parle-t-on exactement ?

La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) est la nouvelle directive européenne qui encadre le reporting extra-financier. Elle remplace la NFRD (et la DPEF en France) avec un niveau d’exigence bien plus structuré et normé.

Elle s’applique :

  • Dès maintenant aux grandes entreprises cotées (+500 salariés, +50 M€ de CA).

  • Dès 2026 (sur les données 2025) aux entreprises remplissant 2 des 3 critères suivants :
    250 salariés, 50 M€ de CA, 25 M€ de bilan.

À terme, plus de 50 000 entreprises seront concernées.

Mais au-delà de l’obligation réglementaire, la CSRD poursuit cinq ambitions majeures :

  1. Prise de conscience

  2. Comparabilité

  3. Complétude

  4. Plan d’action

  5. Transparence

Elle ne se limite pas à un reporting : elle se veut un outil structurant de transformation.

Les grandes étapes d’un projet CSRD

Un projet CSRD dure en moyenne entre 8 et 15 mois, selon la taille, la complexité organisationnelle, la maturité data et la culture documentaire de l’entreprise.

Les principales étapes sont :

  1. Analyse préliminaire
    Cartographie de la chaîne de valeur et des parties prenantes.

  2. Double matérialité
    Identification et cotation des impacts, risques et opportunités (IRO) au regard des normes ESRS.

  3. Analyse d’écart (gap analysis)
    Identification des data points à collecter.

  4. Plan de transition
    Objectifs, KPI, budget, feuille de route stratégique.

  5. Implémentation
    Collecte des données et outillage.

  6. Déclaration
    Publication d’un rapport auditable.

Ce n’est donc pas qu’un exercice documentaire : c’est un chantier structurant qui touche au modèle d’affaires.

Où en sont les entreprises aujourd’hui ?

Selon Alexis Rousset, trois grandes catégories se dessinent.

1. Les entreprises déjà soumises à la NFRD/DPEF
Elles sont en phase de transition vers la CSRD : double matérialité, analyse d’écart, préparation à la collecte renforcée.

2. Les entreprises volontaires
Non obligées auparavant, mais déjà engagées dans un reporting extra-financier. Elles avancent progressivement vers la conformité CSRD.

3. Les entreprises non préparées
Certaines commencent à anticiper. D’autres n’ont pas encore mesuré l’ampleur du chantier et risquent un “rush” difficile à absorber.

Parmi celles qui ont démarré, deux approches émergent :

  • Une logique strictement réglementaire (faire le minimum conforme).

  • Une approche stratégique (utiliser la CSRD pour challenger le modèle d’affaires).

La seconde posture transforme réellement la directive en boussole de long terme.

Data & RSE : une collaboration encore naissante

Aujourd’hui, le leadership des projets CSRD est principalement porté par les directions RSE ou financières. C’est logique. En revanche, les équipes IT et Data ne sont pas encore systématiquement intégrées dès le départ.

Pourquoi ?
Parce que les premières phases (double matérialité, analyse d’écart) sont surtout méthodologiques.

La collaboration commence réellement à émerger lorsqu’il s’agit :

  • De cartographier les données existantes.

  • De structurer les processus de collecte.

  • De choisir et intégrer des outils.

Et c’est précisément là que la Data devient un levier stratégique.

Le rôle clé des équipes Data et IT

Trois axes majeurs se dessinent pour les directions Data/IT :

1. Le mapping des données

Identifier si la donnée existe déjà, où elle est stockée, sous quel format, et si elle est utilisée dans d’autres référentiels (carbone, GRI, etc.).

2. La gouvernance des données ESG

Les données CSRD seront auditées. Elles devront être fiables, traçables, explicables.
C’est une formidable opportunité pour mettre en œuvre des processus de gouvernance data concrets et visibles.

3. L’outillage et l’automatisation

Aujourd’hui, beaucoup de collectes se font encore via Excel et échanges manuels.
La répétition annuelle du reporting impose d’automatiser progressivement ces flux.

La CSRD peut devenir un cas d’école pour démontrer la valeur de la gouvernance data à l’échelle de l’entreprise.

Le marché des outils CSRD​

Avec Thibaud Berle de Impact Labs, nous avons évoqué le paysage des solutions disponibles.

Plusieurs catégories d’acteurs existent :

  • Les spécialistes carbone (ex : Sweep)

  • Les acteurs historiques du reporting ESG (ex : Workiva)

  • Les nouveaux entrants spécialisés CSRD

  • Les solutions SaaS pures ou accompagnées de services

Les bénéfices principaux :

  • Gain de temps

  • Réduction des risques d’erreur

  • Meilleure conformité réglementaire

  • Formatage compatible iXBRL

Le choix dépendra notamment :

  • De l’interopérabilité avec les systèmes existants

  • De la couverture des frameworks (GRI, GHG, etc.)

  • De l’ergonomie et de l’adoption interne

  • Du modèle (outil seul ou services intégrés)

Et si la CSRD devenait un terrain de jeu commun ?

Si l’on mettait un CDO et un CSO autour de la même table, le message serait simple :

Travaillez ensemble.

La CSRD est une opportunité unique pour :

  • Structurer une vraie gouvernance data ESG

  • Mettre en place des processus robustes et auditables

  • Démontrer la valeur stratégique de la donnée

  • Diffuser conjointement une culture Data et RSE

Au-delà de la conformité, c’est un terrain idéal pour lancer des programmes co-sponsorisés :
développer des cas d’usage “IA for impact” dans les business lines, acculturer les équipes aux enjeux climat et data, faire émerger de nouveaux rôles hybrides (Data ESG Manager, Chef de projet Reporting ESG…).

Les entreprises performantes de demain seront celles capables de concilier performance financière et extra-financière. La CSRD peut devenir le catalyseur de cette convergence.

En résumé

  • La CSRD n’est pas qu’un reporting : c’est un levier de transformation.

  • Le chantier est long (8 à 15 mois) et structurant.

  • Les entreprises avancent à des rythmes très différents.

  • La collaboration Data & RSE est encore émergente, mais indispensable.

  • Les équipes IT/Data ont un rôle clé à jouer sur le mapping, la gouvernance et l’outillage.

  • Les outils technologiques peuvent accélérer et sécuriser la démarche.

La CSRD peut être vécue comme une contrainte réglementaire… ou comme une boussole stratégique.

À nous de choisir la posture.

Merci encore à Alexis Rousset et Thibaud Berle pour leurs éclairages, et merci à tous les participants pour votre engagement.

Et bien sûr, si vous souhaitez sensibiliser vos équipes, embarquer votre comité de direction ou structurer votre démarche Data & RSE, les équipes Datalogy et Greenlogy sont à vos côtés.

À très bientôt pour une prochaine MasterClass. 🚀

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